L'Oeuvre d'éducation du Prado : Entre histoire et paroles (1860-2010)
Un recueil de témoignages d’anciens pensionnaires des établissements du Prado, réalisés par Ambroise Charleroy, éducateur spécialisé.
Un ouvrage édité par la Fondation du Prado dans le cadre du 150e anniversaire du Prado.
Présentation
La Fondation du Prado et L’Association Prado Rhône Alpes ont décidé de donner une place toute particulière à la célébration des 150 ans du Prado. C’est aussi pour elles l’occasion de se demander comment les personnes accueillies, à un moment donné dans leurs établissements, se représentent leur séjour et ses effets sur leur vie.
La question des résultats de l’action menée pouvait être approchée de façons multiples. Nous avons choisi de l’aborder de manière qualitative, en présentant des témoignages de personnes qui ont été prises en charge.
Il s’agissait donc de faire émerger une parole, un récit de vie, où chaque étape, de l’enfance à l’âge adulte, porte témoignage d’un destin individuel et de l’action « d’autres » sur cette vie. Le cadre fixé, par ce que l’on pourrait appeler « l’enquête », était bâti autour de trois questions : « Comment êtes-vous arrivé au Prado ? », « Comment avez-vous vécu cette période ? » et « Qu’êtes-vous devenu ? »
L’éducateur qui travaille en institution voit passer à longueur d’année(s) des jeunes. Ils grandissent, quittent l’établissement. Ils reviennent parfois et donnent de leurs nouvelles. Quelques fois on apprend par le journal une fin tragique ou un accident de la vie d’un ancien. Pouvoir rencontrer des hommes et des femmes qui ont vécu dans des institutions du Prado, qui ont suffisamment de recul sur cette tranche de vie, est une expérience intense pour tout éducateur. L’écoute de ces récits qui s’est voulue attentive, a donné, nous l’espérons, des textes qu’il faudra « étudier » pour parfois se rendre compte de l’impact de notre action sur la vie des jeunes qui nous sont confiés.
Ce travail est présenté sous la forme d’un ouvrage comportant deux parties :
Une première qui retrace une l’histoire de l’organisation de la rééducation au Prado, une tentative pour comprendre comment cette œuvre, religieuse à l’origine, en est venue à s’inscrire dans le dispositif de l’enfance inadaptée et s’est laïcisée. Ce premier temps, pensons-nous, pour mieux vous aider à comprendre les enjeux et certaines références que vous retrouverez dans la seconde partie constituée par la restitution de 14 des entretiens réalisés avec des « anciens ». Ces textes ont été en partie retravaillés, pour permettre au lecteur d’aborder plus facilement des récits recueillis oralement.
"MP", qui a séjourné au Prado du Cantin (Prado, l’autre chance, aujourd’hui) de 1952 à 1955, écrit : « Je suis resté trois ans au Prado. Et j’y ai été heureux. » En lisant son histoire ou celles que proposent ce dernier ouvrage on peut comprendre parfois les raisons de ces moments heureux : « j’étais battu, je crevais de faim, j’arrive dans un machin, je mange à ma faim, je pouvais me laver. » Toutes les situations n’atteignent pas cette intensité dans le malheur, mais à l’origine de chaque placement est dû à une difficulté du positionnement de l’enfant dans son milieu. Encore un mot sur ceux que nous n’avons pas pu rencontrer, ceux « qui sont tombés dans le grand banditisme ou qui sont morts assez violemment, de maladie ou d’avoir fait beaucoup de prison. » Ne les oublions pas.
Ambroise Charleroy |